mardi, juin 16, 2009

52

J’ai 52 ans. 52. Je ne pensais pas arriver jusque-là et il me reste encore un bout de chemin à faire. La vie m’a conduit sans rien dire. Je n’ai pas été prévenu. J’ai grandi comme une fleur, comme une herbe, une plante des bords de routes, de sous-bois, de prairie. Et me voilà, jour après jour, jusqu’à la forêt de cheveux gris.

Quelque chose de Lozère.

Des gens, j’en ai laissé, j’en ai perdu. Familles, amis, amours. C’est clairsemé autour.

Mes grands-pères : je ne les ai pas connus. Le premier travaillait la terre, une terre pauvre où pousse le pin sylvestre et le genêt à balais, la gentiane et l’arnica. Le deuxième avait le sel bleu de la Sicile dans les yeux. Trapani. Un peu de Méditerranée, l’eau et le ciel mélangés. Il me prenait dans ses bras quand j'étais petit. C'est trop loin.

Le froid, la chaleur.

Mes grands-mères : l’une vivait dans un hôpital, à Saint-Alban, en Lozère, l’autre habitait une petite maison sans soleil, dans une cour, rue de Bouvines à Roubaix. La première, emmurée comme les pierres, je ne la voyais que pendant les vacances d’été. Nous la sortions de sa prison. Elle était en semi-liberté. Ses fugues étaient courtes et comptées.
La deuxième sentait la Sicile des campagnes, la chaleur et la terre sèche. L’eau rare. J’émigrais chez elle pendant les vacances scolaires. Je dormais à l’envers.
Je faisais les courses, je fouillais dans les tiroirs. Je parlais italien avec des mots français dans la bouche. Tout s’emmêlait. Aujourd’hui encore je n’ai pas l’huile d’olive.

Ma mère. Elle ne disait rien. Silencieuse comme son pays. Elle est morte sans parler. Sans me parler. Je ne sais rien d’elle ou si peu. Le contenu d’une short-story pas finie…

Et mon père ? Mon père vit au fin fond d'une forêt sombre et mystérieuse.

Mon père est un ours. Tendre et sauvage à la fois.

Difficile à apprivoiser...

Voilà. La vie est ainsi. C’est comme un cirque, une pièce de théâtre à l’échelle planétaire. Tout est fiction, cinéma. N’importe quoi, quitter tout ça.

Et à partir de maintenant, je suis en route pour les 53…

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2 Comments:

Blogger nicole said...

c'est autobiographique?
wahoo ça donne le frisson!!

4:58 PM  
Anonymous LiseCC said...

Oui, mais un frisson de vraie vie, et c'est râre. Quand on en rencontre un, on ne le quitte pas.

Merci pour votre visite chez moi, Al, et merci aussi pour votre site-ci. Je le garde en favoris.
Bonne journée - prenez le temps, pour notre plaisir, de continuer ces récits, please ;)

1:35 PM  

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