vendredi, novembre 10, 2006

L'histoire à écrire...

[Ecrire au jour le jour, ligne par ligne, un beau brouillon sans ratures. Rien n'est achevé, jusqu'au point final.]
Il fait noir...
Je suis rentré comme un chien fatigué après avoir couru toute la journée dans la ville immense. J'ai bu un café, puis deux, puis trois. La chaleur à l'intérieur. J'ai la tête encombrée de mots, d'images, de rêves et de bruits. Le temps navigue à grande vitesse...
Je me suis assis près de la fenêtre et je regarde dehors, le monde bouger...
Dans la rue les feuilles mortes voyagent avec le vent. C'est l'automne, l'hiver bientôt.
Novembre. Novembre de pluie. Novembre où je m'ennuie...
Sur la table de la cuisine j'ai posé du papier et un crayon. Je prépare l'écriture. J'ai envie, besoin d'écrire quelque chose. N'importe quoi. Comme si j'étais malade et qu'il me fallait prendre chaque jour un médicament contre la folie ou la tristesse...
J'essaie d'écrire une histoire. Quelques pages, comme un début de roman, un morceau de nouvelle... Je ne me pose pas trop de questions sur le genre. Ecrire, seul cela m'importe. Je m'impose juste un nombre de pages, comme une limite, une destination. Pour cela il faut regarder, fouiller, prendre des morceaux de vies un peu partout.
Devenir un voleur de quotidien.
Dans la journée j'emmagasine tout ce que je vois, trouve ou entend. Je note sur des morceaux de papier. Le soir je pose mon butin sur la table. Pour, après, trier. Coller, gommer, effacer, couper. Ecrire une phrase, une autre, la retoucher. En enlever une, corriger. Chercher les mots, les poser puis les déplacer comme sur un échiquier. Chercher le mot, le mettre à la bonne place, pour que le texte brille.
Devenir ajusteur.
Dans la nuit qui s'installe l'écriture a des ombres. Il s'écoule parfois des minutes interminables, comme des heures, avant que le stylo reprenne le chemin du papier. Les idées sont humaines, ont sommeil. C'est la soif du désert. La panne des mots...
Alors je prends un livre, n'importe lequel, que j'ouvre n'importe où. Comme une aventure. Je vais voir ailleurs pour essayer d'autres mots. Copier-coller. Me noyer.
Et puis les jours, les semaines, les mois passent avec le doute et l'incertitude, l'angoisse parfois. Le texte est figé. Immobile...
De temps en temps, les mots reviennent comme d'un pays lointain. La tête travaille, c'est une machine régulière qui tourne sans arrêt. Le texte gonfle, prend forme peu à peu, lentement. Mais toujours il faut être vigilant sur l'ouvrage et creuser encore et encore, plus loin, plus fort. Parfois il arrive que le texte dérape, l'idée de départ s'égare sur la page blanche et c'est l'accident, les ratures, les boules de papier et l'indigestion de la poubelle.
Arrive enfin le moment où tout s'arrête. Le texte est terminé. L'est-il un jour ? Rien n'est jamais vraiment achevé dans l'écriture mais il faut bien se faire une raison. Ecrire ailleurs, autre chose. Fermer le cahier, poser le stylo, le temps d'un souffle. Respirer...
Et puis je me dis que cette histoire, ces histoires, ces poèmes et tout le reste c'est l'eau quand j'ai vraiment soif. Le Monde où je suis bien. Comme une île où je vis et tant pis si je ne sais pas nager pour rejoindre la terre ferme...
Dans ces sacs et ces bagages de phrases et de mots il est possible de s'en aller, de vivre et de rêver. J'ai tout je ne manque de rien.
Alors je me dis que maintenant que j'ai tous les ingrédients de mon histoire, il ne me reste plus qu'à l'écrire...

1 Comments:

Anonymous Pauline said...

Que dire... Papa, c'est magnifique ce que tu ecris; et si touchant. Je ne saurais avoir les memes mots et memes idees que tu as. Tu as vraiment un talent, un talent d'ecriture, l'un des plus beaux... Tu decris tellement dans tes textes, c'est bien je pense. Enfin voila, de toute facon, je ne trouverai jamais les mots justes a la beaute de ton ecriture...

3:37 AM  

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