mercredi, novembre 23, 2005

La belle et le shérif

Au début, elle pensait que c’était un jeu. Elle riait. Son petit frère aussi. Il jouait au cow-boy avec les autres gosses du quartier et de ce fait c’était toujours lui le shérif, vu qu’il avait déjà l’insigne.

Elle, avec cette petite tache jaune (comme une broche) cousue sur sa blouse grise d’écolière et ses longs cheveux noirs bouclés qui tombaient sur ses épaules, ça la rendait mille fois plus belle encore.

Je l’aimais. Je l’ai aimée. Je ne lui ai jamais dit. Elle était trop belle. Elle m’aurait ri au nez. Peut-être…

A compter de ce jour tout changea pour elle et autour d’eux, son frère et ses parents. A croire qu’ils étaient tous malades dans sa famille et que c’était une maladie contagieuse. C’est vrai aussi qu’elle était de plus en plus belle et, comme dit mon grand-père, «la beauté attise la jalousie ». Mais enfin, c’est mon grand-père.

Un soir, des soldats sont venus les chercher. Tous les shérifs et toutes les belles du coin. Ils sont partis vers la gare, pour un voyage sans bagages. Et le temps n’a plus rien dit.

J’ai compris. Plus tard. Bien plus tard. L’étoile. Les étoiles. Dans le ciel. Elle brille. Elles brillent et puis plus rien, tout s’éteint, tout s’éteint, la belle et le shérif. Les étoiles.

Elles étaient six millions dans un morceau de ciel qui n’existe plus…

Au début elle pensait que c’était un jeu…

Août 1996 (Prix de la nouvelle, 1999, Loos-en-Gohelle)

1 Comments:

Blogger nicole said...

j'ai des frissons!!
c'est très beau: court et beau!
bravo!!

5:36 PM  

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